Un grand merci à tous de nous avoir suivis

Nous avons pu parier dimanche 16 décembre sur les courses au trot de Yonkers pour la dernière fois. Les sociétés-mères, à la demande du PMU, n’ont pas souhaité poursuivre cette expérience une cinquième année. Il n’y a pas de raison spécifique à l’arrêt de Yonkers, au-delà du fait que les enjeux n’ont jamais réellement décollé par rapport à des réunions européennes qui pouvaient réaliser des chiffres d’affaires au moins deux fois supérieurs dans des conditions d’horaires et de simulcasting équivalentes. C’est ainsi, et il n’y a rien à dire. Installer des réunions comme Yonkers dans l’univers de la clientèle française aurait demandé des efforts spécifiques importants -fréquence et régularité des rendez-vous, des horaires, saisons précises, plus de partants, plus de variété, etc.- qu’il serait difficile de justifier compte tenu du potentiel de gains que cela représente en fin de compte. C’était trop demander aux sociétés de courses françaises, au  PMU et aux organisateurs des courses de Yonkers, les dirigeants de l’hippodrome et la Standardbred Owners Association of New York, qui représente les professionnels et les propriétaires de l’État. Ces derniers ont déjà consenti de gros efforts -qui n’ont à mon avis pas été salués comme ils auraient dû l’être par les Français. Qui accepterait de modifier ses distances, ses parcours, le nombre de concurrents généralement admis dans ses pelotons, et enfin de courir le dimanche matin pour faire plaisir à quelques parieurs étrangers ?

Je ne vois pas non plus. 

Ce fut pour moi une grande aventure, que je regrette évidemment de voir se terminer ainsi. Je veux ainsi, avant de vous quitter, remercier du fond du coeur Blandine, Joe et Alex, sans qui tout cela n’aurait pas été possible, Emmanuelle, formidable ambassadrice du Trot, Ursula et les Rooneys pour leur accueil, Gégé, Kristin et Anthony pour avoir su partager aussi leur plaisir de connaître Yonkers et le trot américain, Jean Laroche, notre super-consultant de la Belle Province. J’ai aussi une pensée pour John Brennan, qui a dû supporter mes excentricités de Français dans le club house de Yonkers, au-dessus des vestiaires.

Il faut aussi saluer les drivers de Yonkers, de Dan Dubé à Jason Bartlett en passant par Brian Sears, Tyler Buter, Pat Lachance et Jordan Stratton, qui auront eux aussi été d’une grande patience. Ce sont des professionnels de très grand talent, qui font un métier pas toujours exaltant avec une conscience professionnelle qui en étonnerait plus d’un de ce côté de l’Atlantique. Je leur souhaite les plus belles victoires, car je ne me rappelle pas les avoir vus autrement que souriants. Ils ont été formidablement accueillants. Leurs chevaux et ceux qui les entraînent aussi sont incroyables. Les premiers trottent sur des pistes de vitesse tous les week-ends, et on les traite souvent pour courir, mais on n’imagine pas la soin qui leur est apporté. Certains sont traités comme des animaux domestiques. On se demande s’ils ne dorment pas chez leur entraîneur. Ces derniers repartent avec ou sans chèque, comme les professionnels d’ici. Il y a des grands, et il y a des petits. Des bons et des moins bons, mais tous se retrouvent à Yonkers, comme aux nocturnes de Vincennes qui brassent toutes les classes de professionnels. Même s’ils parlent différemment, même s’ils travaillent différemment, les entraîneurs américains ont cette attitude avec leurs chevaux, ces  regards, ces inquiétudes, ces quotidiens d’hommes et de femmes de cheval qui sont universels, ces mêmes problèmes, ces mêmes obstacles, ces mêmes envies qu’en France. Les mêmes rêves. Comme ici, très peu les atteignent. Mais ils continuent sans broncher.

Aux premiers jours du compte Twitter de YonkersFrance, qui ne servira plus désormais, deux twittos complètement déjantées -qu’elles me pardonnent l’expression- m’ont permis de mieux comprendre ce réseau, que je connaissais mal. Elles nous ont soutenus, et cela nous a permis d’y croire. Je ne l’ai pas oublié. Merci, donc, à Calimerette Armée et à Mlle Flambe. Elles m’ont fait rire et réfléchir, parfois en même temps, ce qui n’est pas très fréquent sur ces réseaux sociaux.

À travers ces deux supportrices de la première heure, nous remercions tous ceux qui, dans l’indifférence générale, ont quand-même fait un petit bout de chemin avec nous. Ils ont regardé nos courses, ils ont parié dessus, ils ont cherché à comprendre, ont posé des questions. On ne va pas se mentir : Ils ne sont guère nombreux ! Mais même si cette curiosité fut sans lendemain, même si au bout du compte, ils sont revenus à autre chose, ce réflexe, celui qui consiste à s’intéresser à quelque chose de nouveau, c’est une qualité qu’il faut garder jalousement. C’est elle qui vous fait dénicher le gagnant à 20/1, la méthode à laquelle personne n’avait pensé, le futur champion invisible ou la défaite qui se profile à l’insu de tous.

Yonkers France n’était pas un gagnant. Nous en sommes désolés. Mais ne pas jouer ce coup-là, c’eut été une faute.

Emmanuel Roussel